CARNAVAL DE VENISE

Du haut de ses six ans, ce voyage fabuleux, Nicolas l’avait rêvé des dizaines de fois, il l’avait d’abord découvert au travers de magnifiques photos découpées dans des revues mais ensuite j’avais fini par lui offrir le DVD « Les mystères du Carnaval de Venise » pour son anniversaire. Nicolas le regardait en boucle et le connaissait par cœur car il n’espérait plus qu’une chose c’est que la réalité soit plus belle encore que ses rêves.

Quelques jours plus tard, à peine avait-il posé les pieds sur les quais de la Sérénissime que Nicolas avait lâché ma main pour se précipiter vers une dame déguisée en « Colombina » qui passait par là. Maman, regarde là ! des gondoles !  Papa, regarde tout le monde me salue ! Bonjour « Arlequino » ! « Bonjour Pierrot » Il découvrait les yeux écarquillés les mille et une merveilles qui ont fait durant des siècles, la renommée de Venise.

Tu vois Nicolas, c’est exactement comme dans le reportage, il n’y a pas que des gens masqués qui défilent avec des gestes lents et gracieux aux pieds des palais, aux bords des canaux et sur des gondoles mais c’est beaucoup plus extraordinaire que ça.  C’est toute une ambiance, tu vas très vite t’en rendre compte. Papa raconte moi encore à quoi ça sert le carnaval? Nicolas était avide de savoir ? Le carnaval, c’est le monde à l’envers. On se déguise en prince, en ange ou en diable, parfois en somptueux personnage ou en héros, par exemple, et quelquefois les hommes s’habillent même en femme… tu vois c’est un moment particulier durant lequel on peut faire ce que l’on veut… enfin presque… Papa, je pourrais me déguiser en « Casanova » ? Si tu veux… Nicolas !!

Chaque seconde il posait des questions auxquelles on ne pouvait pas répondre. Nicolas où vas-tu ? criait son maman, tandis qu’il dansait déjà près d’un « Pantalone » qui attirait à lui les badauds dans une farandole endiablée. Papa tu crois qu’on va rencontrer le docteur de la peste ? Peut-être Nicolas…  tu as la chance de vivre tout cela aujourd’hui comme un héritage du passé.

Le Bal du Doge créé par Antonia Sautter déploie ses fastes dans un décor somptueux. Chaque année Antonia recrée pour plusieurs centaines d’invités une fête mémorable sur un thème nouveau. Cette nuit féérique est l’une des plus courue d’Europe.

Nicolas avala la barba-papa que lui offrait gracieusement un clown en moins de trois minutes car nous avions rendez-vous dans un atelier de fabrication de masques. Il convient de prendre le « Vaporetto » et de marcher un peu car « Ca’Macana » se situe dans le quartier d’Academia. Monsieur et Madame Belloni qui y tiennent boutique sont de véritables passionnés qui vous plongent dans l’univers extraordinaire et magique des véritables masques vénitiens fait main. Le « Volto », la« Muta », les masques de la Commedia dell Arte »… nous révélaient leurs secrets.

L’artisan répète les gestes ancestraux qui ont fait la renommée de la sérénissime dans le monde entier. Couche après couche le papier mâché prend forme et on peut déjà découvrir sous les doigts de l’artiste la forme définitive du « Volto » le masque blanc, le plus traditionnel d’entre tous. Nicolas choisit avec soin le masque qu’il convoitait pour carnaval. Hé hop… je saute devant le miroir !, je ne suis plus Nicolas, je suis « Casanova » maintenant… ! Et toi papa ? … et toi maman ? Nicolas fit un bond de stupeur en se retournant vers nous car nous sommes à notre tour masqués pour défiler fièrement dans les ruelles de la ville. Au pied du « Campanile » nous sommes accueillis par d’énormes insectes monstrueux de plusieurs mètres de haut. J’ai pas peur… criait courageusement le petit marquis fraîchement déguisé.

Tu vois beau marquis, ici opère la magie des grands cortèges historiques d’antan qui voient défiler sur le grand Canal les embarcations de toutes sortes plus décorées les une que les autres. C’est sur le pont du « Rialto » qui enjambe avec majesté le grand Canal que notre petit Casanova salue avec des grands gestes de la main la dernière régate des « Marie » qui déambule lentement au rythme des coups de rames dans l’eau. A cet instant précis, nous n’avions pas encore remarqué que notre « Casanova » pleurait de joie sous son masque car ses rêves sont maintenant peuplés d’images qu’il n’est pas prêt d’oublier.

Le papa de Nicolas

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